Jardin Zen – Conférence des Rencontres de Sophie de Nantes

Mai 30, 2020 Philosophie

En février dernier, j’ai eu l’honneur de participer aux Rencontres de Sophie. Ce sont les Folles journées de la philosophie, organisée par l’association Philosophia, à Nantes, au Lieu Unique.

Les Rencontres de Sophie à Nantes

Tous les ans, un thème d’actualité est choisi, des débats, des tables rondes et des conférences sont organisées. Les invités sont des philosophes, des penseurs qui permettent au public de prendre du recul sur ces questions qui concernent toute la société. C’est une philosophie dans la Cité, une philosophie pratique à destination de chacun, car tout le monde peut philosopher. Cette année le thème retenu était « Habiter la Nature ».

En parallèle des tables rondes, un ABCédaire est organisé. Sur le modèle de celui filmé par Pierre-André Boutang pour Gilles Deleuze, des professeurs de philosophie proposent de disserter autour d’un mot en lien avec le thème de l’année. Ainsi, j’ai proposé une analyse du Jardin Zen.

J comme Jardin Zen

Dans la culture japonaise, le bouddhisme zen a une place et une influence prépondérantes. La recherche du satori, l’éveil, n’est pas présente que dans le za-zen, la méditation assise. Toutes les activités de la vie quotidienne peuvent être des moyens et des moments d’exercices de méditation et de conscience présente et attentive. Ainsi, la cérémonie du thé, l’ikebana (l’art floral traditionnel) ou la calligraphie ne sont pas uniquement des gestes esthétiques et minimalistes mais bien de vrais exercices spirituels. C’est dans ce contexte religieux, artistique et artificiel qu’il faut penser l’essence des jardins japonais.

Entre nature et artifice, esthétique et spiritualité, le jardin zen est un concentré des contradictions et des paradoxes qui sont au cœur de la pratique de la philosophie bouddhiste. Le jardin est zen est comme un koan géant, vivant, ces énigmes aporétiques qui décrivent souvent des éléments naturels, que le maître délivre aux élèves pour les amener au satori.

Construit avec des éléments naturels, eau, sable, roche, bois, végétaux, le jardin zen n’a pourtant rien de naturel.  On ne se promène pas dans un jardin zen, on ne l’habite pas, on ne le cultive pas, mais on le contemple.  A l’opposé des jardin occidentaux, il n’est ni une réplique artificialisée de la nature comme le jardin anglais, ni une œuvre purement géométrique comme le jardin à la française. Pourtant il est aussi tout cela.

Entre Orient et Occident

Dans son œuvre, Clément Rosset cherche lui aussi à atteindre la réalité derrière les illusions du mental. Nous cherchons le double au lieu du réel, nous plaquons une idée de nature pour nous réconforter devant ce monde étrange et étranger. Le monde dénaturé de Rosset n’est-il pas celui que l’on peut admirer dans les jardins zen ? Est-on plus proche de la nature dans une forêt ou un jardin japonais ? Notre esprit, brouillé quand il n’est pas totalement attentif à ce qui est, est ce qui créé l’artifice en voilant nos expériences du monde.

Entre nature et artifice, ces espaces singuliers seraient-ils des lieux privilégiés pour expérimenter les paradoxes que le bouddhisme comme Rosset ou d’autres philosophes occidentaux nous donnent à penser, pour nous approcher au plus près de la réalité ?

Pour lire la conférence, rendez-vous sur mon blog Bisogna Morire
Pour lire la première partie c’est ici
Pour la seconde partie c’est ici
Et la troisième partie c’est ici

Par Sarah

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